Moins de bébés, un pays qui mûrit

Par Eva Coomans, 14 novembre 2025

La Belgique enregistre une baisse historique de sa natalité. En 2023, seulement 110 198 bébés sont nés, soit 3 % de moins que l’année précédente. Et la tendance pourrait se poursuivre : d’après Statbel Statbel – Natalité et fécondité, environ 108 700 naissances sont attendues en 2024. Pour faire simple, c’est le plus faible chiffre depuis la Seconde Guerre mondiale un vrai record, mais pas vraiment dans le bon sens.
Le taux de natalité, qui correspond au nombre de naissances pour 1 000 habitants, est passé à 9,4 ‰ en 2023, contre 11,2 ‰ il y a dix ans. L’indice de fécondité, lui, continue de baisser : 1,47 enfant par femme contre 1,53 en 2022. Et les mères ont tendance à être un peu plus âgées : l’âge moyen atteint 31,3 ans. La Wallonie (-4,8 %) et Bruxelles (-5,1 %) sont plus touchées que la Flandre (-1,5 %).

Pourquoi cette baisse ? Plusieurs raisons se combinent. D’abord, il y a moins de femmes en âge d’avoir des enfants qu’il y a vingt ans. Ensuite, les choix de vie changent : beaucoup de couples attendent plus longtemps pour fonder une famille, souvent à cause de problèmes de logement, de finances ou tout simplement par manque de temps. Certains décident d’avoir moins d’enfants, voire pas du tout. Et plus largement, notre société valorise de plus en plus la carrière, les loisirs ou le bien-être individuel. Plusieurs analyses relayées par des médias comme la RTBF ou RTF Info confirmentce phénomène.
Cette dénatalité a des conséquences concrètes. La première, c’est sur les pensions. En Belgique, ce sont les travailleurs actuels qui financent celles des retraités. Si les générations futures sont moins nombreuses, il y aura moins de monde pour soutenir les personnes âgées.

Selon Fediplus, la suite pourrait être difficile : il faudra peut-être revoir le montant des pensions, les conditions d’accès, ou même repousser l’âge de la retraite.
Autre conséquence, plus visible à court terme : les écoles. Moins de naissances aujourd’hui veut dire moins d’élèves demain. Dans la Fédération Wallonie-Bruxelles, on prévoit une baisse d’environ 32 500 élèves dans l’enseignement fondamental d’ici 2028-2029. Certaines écoles rurales risquent donc de fusionner ou de fermer. Et avec moins d’élèves, il faudra aussi repenser le nombre d’enseignants et la répartition des moyens. 

Au fond, cette baisse de la natalité pose une question simple mais importante : quelle société voulons-nous construire ? Une société vieillissante devra trouver un équilibre entre les générations. Pour encourager les familles à avoir des enfants, il faudrait faciliter l’accès au logement, rendre la vie plus abordable, proposer des modes de garde accessibles et permettre un vrai équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Sinon, il faudra compenser avec d’autres solutions, comme l’immigration ou la robotisation du travail.
La baisse de la natalité n’est donc pas juste un chiffre froid. C’est un tournant démographique qui va changer notre société, de l’école aux retraites. Moins de bébés, c’est un pays qui vieillit plus vite… mais c’est aussi l’occasion de réfléchir à ce que nous voulons vraiment pour l’avenir : une société plus solidaire, plus équilibrée et plus durable.